Pour faire le vide

Pour faire le vide, il est essentiel de comprendre en premier lieu ce qu’est réellement le vide.

Concept abstrait qu’est ceci, bien des mots nous viennent en tête lorsqu’on entend celui-ci. Influencé par notre culture, par nos habitudes, ou bien encore nos croyances, chacun de nous se fait sa propre vision de cette notion. Scientifiquement, le vide est défini comme symbole d’absence absolue, non pas de manque, mais simplement comme une absence d’un tout. Le vide n’est rien d’autre que le rien. Le néant, une absence totale de matière ou d’éléments. Pourtant pour définir ce qu’est le vide, il convient de définir ce qui ne l’est pas. Le vide devient alors présent lorsque l’on a tout enlevé sauf le vide lui-même, ce qui sous-entends que le vide n’est pas rien, et qu’au contraire il est quelque chose. Ce paradoxe est entre autre visible si l’on se base sur une pensée strictement scientifique du vide, mais il est possible de retrouver cette même idée d’un point de vue philosophique. Résultat de nos moeurs occidentales qui convient de penser en ce vide, représentant l’absence. Philosophiquement, la pensée occidentale vise à dire que le vide philosophique est un vide présent dans le corps, dans l’esprit, ou tout du moins se traduit comme un manque ou une absence émotionnelle. Avoir un manque émotionnel symbolise la solitude, avoir un vide identitaire, un vide de soi, représente plutôt une perte de repère, sentiment qui vise à séparer l’esprit et la pensée du corps plutôt qu’à les rassembler en une même entité. « Le vide serait-il l’absence ? » disait Pierre Fédida.

En Asie, ou plus précisemment au Japon, la culture du vide est assez contraire de ce que l’on prône en Occident. Pour eux, le vide ne doit pas être assimilé à un manque, le vide ne sépare pas, à l’inverse il unit. Ce vide est donc présent quoi qu’il arrive, le vide n’est pas rien, le vide est quelque chose, si bien qu’en Asie nous ne sommes pas vide de tout, mais remplit de rien. Et c’est ici que ce forme la nuance entre nos deux cultures. En Japonais, nous avons le Do, signifiant la voie de la réalisation. Le Do est composé entre autre du Kado, du Chado ou du Shodo, littéralement associé à l’art des fleurs, l’art du thé, et l’art de la calligraphie. Dans ces domaines, le vide est un élément omniprésent. Dans le Kado, les fleurs et ses spécificités sont mises en valeur par le vide présent autour des éléments, le vide ne créé pas de manque, mais au contraire il révèle par l’absence. Dans le Chado, le thé est préparé dans ce qu’on appelle la demeure du vide. Un endroit isolé, spécialement dédié à la confection du thé, pour permettre une concentration accrue dans cet art. L’accent est mis sur l’élément le plus important, le vide et l’absence de perturbation extérieure permet justement la mise en avant du thé. Dans le Shodo, le vide est aussi important que le plein, le blanc est tout aussi important que le noir, et le trait laissé par le pinceau prend tout son sens par le vide créé autour. Le vide n’enlève pas un tout, mais au contraire créé et produit quelque chose. Le vide permet l’aération, la légèreté, la respiration. Le vide harmonise tout simplement.

Personnellement, mes croyances sont fondées sur un mélange des deux cultures. Le contexte joue un rôle important sur la définition que l’on peut apporter à cette notion de vide. Le vide créé une absence dans certains cas, comme créé un tout dans d’autre. Mais selon moi, il n’y a pas à se demander si le vide correspond à une absence ou à une union globale, mais il faut plutôt considérer le vide comme un élément simplement présent d’un tout, dans le sens où c’est en prenant en compte le fait qu’il nous faut un tout,

À PROPOS

Le vide peut représenter une peur, ou encore un inconnu en soit. Souvent synonyme de séparation, ou de manque, on oubie trop souvent que le vide favorise l'harmonie d'un tout. L'idée est de montrer au travers de ce projet le rôle que peut jouer le vide dans une composition. Il faut le traiter avec soin et le prendre en considération tout autant que le plein. Ceci est donc une sorte de message pour les intéréssés, il faut considérer le vide comme un outil et non comme fardeau.


Léon Christophe
3e année Design Graphique et Multimédia


Projet encadré par Raphaël Bastide lors d'un workshop à l'ÉSA Pyrénées


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